C’est en quelque sorte un retour aux sources, dans notre Auvergne natale, que mon frère Jérôme et moi avons fait en participant au trail de Vulcain, qui a eu lieu dans le Puy de Dôme ce dimanche 7 mars 2010.
Alors qu’une vague de froid s’abat sur l’hexagone en ce premier week-end de mars, nous voilà dans la charmante ville de Volvic où est donné le départ de la neuvième édition de cette course qui s’annonce extrême. En effet, les conditions météo ne vont pas nous faciliter la tâche, car la neige fait son apparition mêlée au vent et accompagnée d’un froid sibérien, obligeant les bénévoles à s’habiller comme pour une sortie raquettes, en station de ski. Rien que de s’extraire de la voiture nous est difficile et il n’en faudra pas plus pour convaincre mon frère, encore indécis jusqu’alors, à basculer sur le parcours de 34 km, tandis que de mon côté je persiste et signe pour les 60 km, avec la fameuse ascension du mythique Puy de Dôme qui me tient à cœur.

Le départ est donné à 8h30 sous les applaudissements de courageux accompagnateurs, et après un bref regard en direction de mon frère, nous nous élançons vers l’inconnu, car ce trail est pour nous une véritable première.
Une traversée rapide du cœur de la ville et nous entamons une large piste en sous bois, où la neige semble vouloir déjà accrocher au sol, qui au fur et à mesure de notre progression se transforme en glace, telle une patinoire.
Les appuis sont fuyants, la neige me pique les yeux et me fait larmoyer ce qui rend périlleux chaque descente qui se présente; d’autant que de nombreuses feuilles viennent camoufler toutes les imperfections du terrain et les chevilles ont fort à faire pour nous garder en équilibre ; certains trailers ont d’ailleurs choisis l’option d’utiliser les battons. Pour ce qui est de mes sensations, elles ne sont pas des plus excellentes, j’ai le souffle haletant dû au froid qui me serre la poitrine et les jambes sont lourdes comme collées aux sentiers par deux semelles de plombs. Je réalise que les trailers de la région sont nettement plus adaptés à ce genre de conditions que moi dans un terrain de jeu qui leur est propice.
Le col de Nugère est à portée de main, une dernière portion en dévers équipée de cordes pour nous retenir en cas de chute inopinée et le paysage s’ouvre à nous, au travers de la végétation, dévoilant un décor somptueux recouvert de blanc façon sucre glace.
Un sentier relativement roulant nous amène jusqu’au premier ravitaillement de Vulcania, le visage fouetté par le vent et les flocons, j’ai l’impression de courir dans mon congélateur. Nous sommes au 19ème kilomètre à Vulcania, lieu important où la bascule sur le « petit » parcours peut encore être possible, mais rien ne peut me faire changer d’avis, pas même la météo, et je pars aussitôt en direction du point culminant de cette chaîne des Puys. J’ai à ce moment une pensée pour mon frère, soudain interrompue, par un organisateur qui annonce ma 7ème position et la température du jour qui avoisine selon lui les 12 degrés en dessous de zéro.
Un concurrent est à quelques dizaine de mètres devant moi et je décide de me rapprocher pour effectuer un bout de cette aventure en sa compagnie. Au détour d’un monotrace, l’endroit me devient familier, j’approche en effet du Puy de Parriou, un volcan où plus jeune je suis venu, toujours accompagné de mon frère, faire une journée inoubliable de VTT ; pour info, ce volcan est également l’emblème de la célèbre eau de source de la région. Je dépasse et j’encourage, peu avant le sommet, ce concurrent qui semble plus en difficulté que moi dans cette portion à découvert, où dame nature se déchaîne d’avantage sur nous. Le vent forcit et les flocons sont plus abondants, je cherche à récupérer dans la descente et met la pipette de ma poche à eau dans la bouche pour me réhydrater comme j’ai pu le faire jusqu’à présent. Damned !!! malgré la forte succion que j’exerce sur ce bout de tuyau, à me comprimer les joues, rien ne veut sortir. Je dois me rendre à l’évidence, le tube est complètement gelé et malgré plusieurs efforts en mastiquant, tordant, pinçant ou en tentant de le réchauffer, rien n’y fait, me voilà sans possibilité de boire. Je comprends alors pourquoi de nombreux coureurs ont opté pour le système du porte bidons, je serai à quoi m’en tenir pour la prochaine fois.
Je sais que le final sera compliqué, compte tenu de ce facteur imprévu, mais la motivation est toujours présente et je poursuis vers la grosse difficulté de la matinée.
L’ascension est progressive à l’abri d’un sous bois et me convient parfaitement, je cale mon rythme style métronome, pour m’économiser au mieux, car les jambes sont toujours aussi dures. Un bénévole sécurisant le passage d’une route m’informe que le sommet du Puy de Dôme ne se fait pas pour des raisons de sécurité, je suis un peu déçu mais je comprends aisément la décision prise par l’organisation. J’apprendrai plus tard que la collerette du Puy était affublée d’un mètre de glace et de congères énormes rendant le passage périlleux pour les 250 coureurs.
Une fois le col de Ceyssat franchit, mon GPS indique 40 kilomètres de parcouru, à la sortie d’un bosquet j’aperçois au loin Vulcania, je réalise qu’il me reste environ une quinzaine de bornes avant de rallier l’arrivée. La cadence diminue dans les relances et l’organisme souffre sur la longueur, je me dis qu’il me faut encore travailler sur mon endurance au fil de la saison. Le Puy des Gouttes est l’ultime difficulté de la journée, la pente est raide et l’accroche précaire, l’objectif est de conserver cette 7ème position qui me convient parfaitement. Je double quelques concurrents du 34 km qui en termine dans un style qui alterne entre course et marche.
Les 5 derniers kilomètres sont identiques à ceux du départ, mais le chemin est recouvert à présent d’environ 5 centimètres de neige fraîche, c’est un pur bonheur ! Je déroule dans cette interminable descente jusqu’à Volvic où l’arrivée se fait dans le complexe sportif à l’abri et au chaud avec un chrono de 5h07. Le speaker m’interroge sur mes impressions de course et je retrouve mon frère qui semble ravit lui aussi de sa performance (34ème en 3h35). Autour d’un repas copieux d’après course, nous nous refaisons l’épreuve, avec le sentiment mutuel d’avoir participé à une compétition extrême aux dimensions humaines extraordinaires.
A l’année prochaine sans doute…
SEB.